Trucs et astuces, ressources et conseils pour partager avec ses proches une histoire commune.

29 avr. 2014

Retouches Photos : 3 outils en ligne et gratuits

Certaines de vos photos de famille présentent des marques d'usure disgracieuses et vous vous demandez comment les restaurer. Il existe bien sûr des professionnels qui vous proposeront de le faire pour vous, mais si vous souhaitez l'entreprendre vous-même, voici des outils en ligne gratuits à utiliser sans modération !


Les principaux outils en ligne ... et gratuits !

Leur point commun : ils ne nécessitent aucune inscription, aucune installation et permettent en quelques clics de retoucher ses photos puis de les rapatrier sur son disque dur ou de les envoyer vers les principaux réseaux sociaux.

Photoshop Express Editor

Les fonctionnalités de l'outil photo le plus célèbre, à la portée de tous. Quand dans l'original les réglages sont complexes et nécessitent une certaine maîtrise, ici, ils sont présentés sous la forme la plus simple qui soit : en vignettes permettant immédiatement de visualiser les nuances de résultat.  Le bémol, les menus sont en anglais.

Pixlr Editor 

Cet outil, dont les menus sont traduits en français, permet de retoucher ses photos avec des fonctionnalités simplifiées mais dignes des logiciels de retouches professionnels, le tout avec une rapidité étonnante. D'autres outils sont disponibles dans la gamme Pixlr : Express pour des retouches rapides et O-matic pour des effets automatiques en 1 clic...

Fotor

Il s'agit de l'outil le plus complet, il propose comme les précédents un éditeur photo complet avec divers fonctionnalités utile pour les retouches. Mais aussi des fonctionnalités plus spécialisées "Beauty" pour les retouches spécifique sur les visages des photos portraits, "Collage" pour réaliser des collages originaux facilement et "Cards" pour transformer ses photos en cartes personnalisés à l'aide de thèmes colorés.
http://www.fotor.com/fr/


Trucs et Astuces

Retouches Photos : Effacer les principales marques d'usure

L'outil Tampon pour masquer les principales marques du temps sur vos photos

Comment effacer les taches, les écornures, les déchirures, les marques de scotch, ... ?
Avec les outils évoqués dans le billet précédent : http://brinsdhistoires.blogspot.com/2014/04/retouches-photos-trucs-et-astuces.html , et bien d'autres encore, il faut utiliser la fonctionnalité Tampon.

Dans cet exemple, l'outil est utilisé pour reproduire un détail d'une photo.
Son utilisation se déroule en deux temps : d'abord identifier une zone de la photo à reproduire, puis appliquer la duplication avec la souris comme un pinceau (sans lâcher la souris).


Cet outil est donc idéal pour faire disparaître des détails disgracieux de photos endommagées : ici les points blancs, la déchirure et les marques des coins haut-droit et bas-gauche ont été estompées uniquement à l'aide de l'outil tampon.
Son icône est la plupart du temps la suivante :

Avant / Après

 

18 mars 2014

Paris "Avant/Après"

En raison du pic de pollution spectaculaire qui a eu lieu à Paris ces derniers jours, de nombreux médias ont publié des montages photo comparant des vues de la capitale de cette semaine avec la précédente. BFMTV a d'ailleurs publié un article sur le phénomène exceptionnel et les nombreuses photos "avant/après" parues un peu partout...

À cette occasion j'ai voulu vous faire part de quelques liens permettant de découvrir d'autres montages photos de la capitale, cette fois-ci d'un siècle à l'autre, montrant l'évolution des rues, parfois subtile, mais souvent radicale.

(extrait de la série du site Golem 13)


(extrait de la série rue 89)

Machine à remonter le temps

Si vous ne les connaissez pas, je vous invite à aller flâner au hasard de ces pages pour retrouver des airs familiers de clichés anciens ou au contraires découvrir le changement de visage de rues entièrement remodelées.

Golem 13 et sa série de collages (l'un des plus réussis!) [edit Mai 2014]
Rue 89 et sa série de photos montages (glissez la barre de gauche à droite pour visualiser les différences)
L'internaute avec une sélection de photos
Paris Avant, un site entièrement consacré aux photos anciennes de la capitale.
Et Tuxboard qui a étendu sa sélection à de nombreuses villesdans le monde, dont les photos sont plus récentes, mais pas moins impressionnantes (notamment celle de Dubaï).

Bon voyage à travers le temps !

N'hésitez pas dans les commentaires à compléter la liste des liens si vous en connaissez d'autres !

12 mars 2014

Portrait n°3 Jean dit Chéry, maudit bonhomme

10:16 auteur Unknown Pas de commentaire
Pour continuer la série de lettres-portraits consacrés aux histoires inattendues, originales ou plus sombres que l'on trouve dans les arbres généalogiques : voici Jean dit Chéry, il a vécu au 19e siècle.

Cet homme est longtemps resté anonyme dans la légende familiale, mais néanmoins connu de tous, car sans en détenir les détails nous savions qu'un jour quelqu'un avait traversé les mers pour relier son destin a celui du Sénégal et plus précisément à Saint-Louis. 
Pendant longtemps, nos aînés ont tenté des recherches auprès des archives des anciennes colonies pour retrouver ce morceau d'histoire, mais sans succès...

Pour ceux qui l'ignoreraient Saint-Louis du Sénégal, plus ancienne colonie française d'Afrique, a longtemps été sous influence française, d'abord comptoir fondé par des marins de Dieppe, puis première commune française d'Afrique, les habitants de Saint-Louis étaient, au 19ème siècle, citoyens français depuis 1792.

C'est cette particularité administrative qui avait alimenté les espoirs des recherches antérieures, mais qui s'étaient toutes soldées par des échecs décevants.  Nos multiples demandes sur le nom de famille s'étaient avérées infructueuses, mais c'est parce que nous ignorions qu'il fallait en fait chercher à partir des prénoms ! C'est grâce aux nouvelles ressources mises à disposition par les archives de l'Outre-Mer que la raison en a été révélée : les registres de Saint-Louis étaient tenus à la mode du code civil français, mais avec quelques libres interprétations, induisant notamment l'inversion du nom et du prénom dans les tables décennales. Nous aurions pu chercher longtemps...

C'est ainsi que commença la reconstitution de toute une branche familiale ayant vécu à Saint-Louis... Dont je retiens aujourd'hui le point de départ : celui par qui les deux continents se sont rapprochés.


Le destin maudit de Jean Chéry 

"Tes parents, Alain et Marie, se sont mariés en janvier 1828 à Sainte-Foy-la-Grande, bastion protestant du bordelais. Ton père était alors tonnelier et cultivateur et descendait d’une famille de notables locaux, ton grand-père paternel ayant entre autre été juge de paix. 
Tu es né 2 ans plus tard, en décembre 1829. Le contexte familial te prédisposait à une vie relativement aisée, confirmé par le contrat de mariage de tes parents détaillant la dot amenée par ta mère et les possessions de divers droits mobiliers et immobiliers de ton père, mais le sort semble s'être acharné sur toi. 

Tout a commencé par la naissance de ton frère Dominique en 1831 presque aussitôt endeuillée, puis en 1834 la mort de ta mère probablement affaiblie par la mise au monde d'une petite sœur qui n'a pas survécu. Tu grandis seul avec ton père, mais le sort ne te laissera que peu de répit puisqu'en avril 1841, ton père disparait à l’âge de 45 ans, suivi en octobre par ton grand-père maternel qui était le dernier de tes aïeux vivant.  Orphelin à l’âge de 10 ans, tu es recueilli par ta tante Marie, la sœur de ta mère, célibataire. 

C'est là que ton destin bascule. 

L'année précédente, en 1840, ton oncle Dominique (le frère de ta mère, instituteur à Mérignac après avoir été huissier aux contributions directes), est parti s’installer au Sénégal pour y devenir commerçant. Il emmèna avec lui ses 3 filles et sa femme qui périt pendant le voyage en mer. 

C'est à la suite de ces drames, que tu embarques avec ta tante vers le Sénégal pour y rejoindre ce qu'il vous reste de famille maternelle.  Une nouvelle vie commence : tes cousines sont comme tes soeurs et tu grandis au milieu des sénégalais, mais aussi des commerçants et voisins de ton oncle, dont beaucoup sont aussi bordelais et parlent souvent du pays... 
Mais l'hécatombe continue et ton oncle meurt en juin 1946, à l’âge de 50 ans. Te voilà chef de famille à 16 ans, et tu dois prendre en charge avec ta tante le sort de tes cousines en reprenant le flambeau des affaires de ton oncle... 

Coûte que coûte, la vie continue et tu finis par t'installer avec une femme de Saint-Louis, nommée Fatimata. Vous avez plusieurs enfants, dont l'aîné Arthur, né en septembre 1851, qui sera plus tard fondé de pouvoir du trésorier payeur de Saint Louis, faisant parti de l’aristocratie mulâtre décrite par Léopold Senghor. 
Tu ne t'es jamais marié officiellement avec Fatimata. À Saint-Louis, on déclare les naissances et les décès à la mairie, mais pour les mariages, c'est une autre histoire : les unions se célèbrent autrement, sans besoin d'officialisation auprès de l'état civil, dont le registre des mariages reste bien maigre par rapport aux autres. 
D'après ce que j'ai pu savoir de ton époque, il semble qu'il régnait dans l'île une liberté, comme nulle part ailleurs. Loin des problématiques coloniales et raciales qui avaient cours partout ailleurs, la tolérance et la mixité des couples étaient naturelles à Saint-Louis. 

Malgré tout, tu es très vite rattrapé par la malédiction familiale en 1855, lorsque ta tante qui a été pour toi comme une mère disparaît a son tour a 50 ans. Puis c'est au tour de ta cousine Marie Julie (épouse d'un notable local natif d’Alsace de 18 ans son ainé) de mourir 3 ans plus tard à seulement 26 ans ! Heureusement tes affaires semblent prospères et la famille continue de s'agrandir te voilà bientôt père de 8 enfants. 

Croyais-tu pouvoir y échapper ? Comme coup final du mauvais œil, tu mourras toi aussi en pleine force de l'âge à seulement 35 ans... Tu n'as cessé, toute ta courte vie, d'être en deuil et voici que les enfants, dont l'aîné à 13 ans le sont aussi... 

Alors naturellement lorsque j'ai découvert cette succession de tristes événements,  je n'ai pu m'empêcher de me demander s'il ne s'agissait pas plus d'une histoire de gènes que de superstition... 
On dira que la rudesse du climat et les nombreuses épidémies de l'époque auront eu raison des plus jeunes et vaillants d'entre vous, mais malgré cela c'est à travers l'existence de ta fille Eugénie puis de ta petite-fille Lucienne que ton sang, mélangé a celui de Fatimata, coule toujours dans nos veines aujourd'hui..."











6 mars 2014

Tous cousins ! The global family reunion

08:41 auteur Unknown Pas de commentaire
Vous connaissez le principe des cousinades ? Ces réunions de famille, organisés généralement d'avril à septembre rassemblent les cousins descendants d'un arbre généalogique commun. Les journaux locaux en font souvent écho et c'est à qui aura la photo de groupe la plus dense !

Invitation cousinade (c) Brins d'Histoires
Pour les organisateurs de ces évènements, l'intérêt est multiple : retrouver d'abord la famille élargie qu'on ne voit pas souvent, rencontrer des cousins parfois insoupçonnés et découvrir ou partager une histoire commune. C'est l'occasion de bien manger, de discuter et s'amuser autour d'animations réunissant toutes les générations et de trinquer à la santé de la famille. Pour les généalogistes, c'est une formidable occasion de mettre en valeur leur travail de recherche et souvent de récolter de nouvelles informations, photos ou documents.

La cousinade figure dans le Guiness Book comme une catégorie à part entière, dont le record est détenu par la famille Porteau-Boilève, qui avait réunit à l'été 2012 en Vendée plus de 5000 invités, dont 4514 cousins homologués pour le record.

Et c'est pour faire encore plus fort, que l'américain AJ-Jacobs organise le 6 juin prochain "The global family réunion". Auteur, journaliste, touche-à-tout, original et avide d'expériences improbables pour alimenter ses écrits, il s'est lancé sur ce projet un peu fou après avoir découvert les ressources généalogiques disponibles pour faire le lien entre les individus et en considérant que nous sommes tous cousins et donc invités à son événement.

The global family reunion

Bien sûr il faudra être à New York le 6 juin pour y participer. Mais si vous avez la chance d'y être, cela pourrait être une expérience originale à inclure dans votre planning de visite...
Il suffit d'envoyer un mail à  aj@ajjacobs.com pour vous inscrire sur la mailing list et d'indiquer votre nom et le nom de vos quatre grands-parents et si vous avez un ancêtre ou un cousin plus ou moins connu afin de l'aider à faire le lien.
Wikitree.com, contient un projet dédié à la recherche de ses cousins sur http://www.wikitree.com/wiki/Project:Global_Family_Reunion
http://ajjacobs.com/global-family-reunion/

5 mars 2014

Portrait n°2 Philibert, le marin

17:53 auteur Unknown Pas de commentaire
Pour continuer la série de lettres-portraits consacrés aux histoires inattendues, originales ou plus sombres que l'on trouve dans les arbres généalogiques : voici Philibert, il a vécu au 19e siècle.

Cet ancêtre a marqué le début de mes recherches, il y a de cela plus de 10 ans, car c'est avec lui que j'ai découvert le piège de l'homonymie. Le prénom de sa fille, Marie Jeanne, et son nom de famille particulièrement courant dans le Finistère, ont failli avoir raison de toute une branche de mon arbre !

J'ai découvert grâce à ce cas, le risque inhérent à toute recherche généalogique de prendre un individu pour un autre et de s'octroyer une ascendance qui n'est pas la sienne. Et c'est en recoupant les informations à partir des actes authentiques que j'ai détecté l'erreur et que j'ai du renoncer aux 6 générations que j'avais cru avoir retrouvées.

C'est l'écueil que rencontrent au début beaucoup d'amateurs qui, grisés par la foultitude des données mises à disposition sur Internet sur les sites spécialisés ou les associations, remontent le temps et reconstituent en fait de "fausses généalogies". Grâce à ce faux-pas, j'ai changé ma façon d'envisager mon travail de recherche, en considérant les actes comme seule base fiable pour effectuer mes recherches. Certes, les recherches avancent moins vite, il faut se déplacer (et encore, il y a de plus en plus d'archives en ligne), mais le résultat gagne en qualité et surtout en richesse grâce à tous ces petits détails que l'on trouve dans les documents et qui sont autant de fils à tirer pour dérouler des histoires oubliées.

Bateaux de pêche alignés à quai dans le port. (vers 1920) - Archives Départementales du Finistère (21 Fi 308)

L'ironie de Philibert

"Tu es né à Cléden-Cap-Sizun, dans la baie de Douarnenez. Il faut croire que la vie rude de tes parents cultivateurs n'était pas très enviable, que les travaux des champs ne t'intéressaient guère. J'imagine que voyant les bateaux passer tous les jours dans la baie, tu as rêvé de partir toi aussi à l'aventure. 

Un jour de l'été 1853, du haut ton 1m39 et de tes 11 ans, tu te présentes au bureau du personnel de la Marine pour devenir mousse. Le lendemain, tu embarques pour 4 mois sur le "Marie Josèphe" au port de Douarnenez. Bravant le danger et probablement l'inquiétude maternelle, il s'agissait pour toi du début d'une longue carrière de marin

À 18 ans, tu pars vers le Havre pour monter à bord de trois-mâts de la marine marchande basés du Havre.  Tu voulais voir du pays ? Te voilà servi ! Quinze mois plus tard, tu t'engages dans la Marine Nationale et part effectuer 6 années sur différents cuirassés et frégates, qui te mèneront de Brest à Toulon et, notamment jusqu'au Mexique en 1862.

En 1868, tu es de retour dans la baie. Congédié de la Marine, tu décides de t'installer comme patron de pêche. Tu te maries et fais construire un canot. La pêche a lieu entre avril et septembre, car ton embarcation est trop petite pour affronter les tumultes du raz de Sein le reste de l'année. D'octobre à mars, tu embarques comme matelot sur d'autres bateaux plus grands. Petit à petit ton activité de patron de pêche te suffira, tu embaucheras jusqu'à 6 hommes en même temps sur tes 3 bateaux successifs. Il en sera ainsi jusqu'en 1903 et l'heure pour toi de la retraite... 

C'est dans les archives de la Marine que j'ai pu reconstituer ton parcours. Parmi cet ensemble d'une dizaine de feuillets, éparpillés dans des registres aussi complets que denses, détaillant par décennie, chacun de tes embarquements. Mais malgré cette abondance d'informations, rien n'indique à quelle flottille* tu appartenais. C'est tout le paradoxe du contenu de ces archives. 

Quand j'ai découvert qu'un de tes bateaux s'appelait "Ironie", j'y ai donc vu comme un clin d'oeil."



* À Douarnenez, on trouvait 3 flottilles : les sardiniers, les thoniers et les langoustiers. 


28 févr. 2014

Noms de famille : Orthographe & Cousinages

Pour reconstituer l'origine de son patronyme*, il faut connaître les variantes orthographiques qu'il a subit dans le temps et en analyser les circonstances pour ensuite émettre une hypothèse, qui peut être conforté par un dictionnaire étymologique. Cela apprend également qu'au cours de recherches généalogiques, il faut privilégier la valeur phonétique du nom avant tout et ne pas se cantonner à une orthographe stricte lorsqu'on est à la recherche d'informations.

Beaucoup de noms de famille ont de multiples orthographes, qui en font des variantes très semblables et qui peuvent évoquer un lien, même lointain de parenté : Baillet et Bailliet sont-ils cousins ? Dupond et Dupont ont-ils la même origine ? Voici des pistes pour explorer les méandres des origines de votre nom de famille.

L'origine du nom de famille

Imaginez : "C'est Jean... Jean, qui ? Le vieux ? Le jeune ? Le second fils du boucher ? ou celui qui habite la clairière ?"
Le fait de porter un nom de famille serait apparut en raison de la croissance démographique et du besoin grandissant de différencier les membres des familles au quotidien. Cet usage n'est pas très ancien et remonterait, selon les historiens, au XIIe siècle.

La vie à cette époque était centrée autour du village, où pendant longtemps l'usage d'un prénom avait suffit. Lorsque, dans la culture orale, l'ajout d'un "nom de famille" s'est imposé, c'est naturellement le qualificatif habituel des conversations qui s'est fixé, avant de se transmettre aux générations suivantes.
Pour ces raisons, beaucoup de noms de famille ont été attribués sur la base d'une caractéristique différenciante des individus par rapport aux autres. Le physique, l'âge, le caractère, ... le métier aussi ou encore le lieu d'origine ou d'habitation ont été à la base de nombreux patronymes existants encore aujourd'hui. Ajoutez-y de nombreux autres évocations et la langue locale de l'époque et vous obtenez l'immense diversité expliquant qu'aucun dictionnaires d'étymologie ne pourra jamais être complet.

Dans la culture écrite, l'utilisation des noms de famille a commencé à être systématisée en 1539 par François 1er et son ordonnance de Villers-Cotterêts, qui a imposé aux curés de tenir un registre des baptêmes célébrés dans leurs paroisses.

L'usage de l'écriture bien longtemps réservé au clergé et à la noblesse ne subissait aucune règle quant à l'orthographe ou la langue utilisée. Au gré de la fantaisie du curé, le registre pouvait s'écrire en vieux français, en latin, voire même en langue locale. Johann pouvait donc se substituer à Jean; Petrus à Pierre; et tout cela en phonétique.

C'est lorsque l'état-civil est devenu obligatoire pour tous les citoyens après la Révolution, que les noms de famille devaient voir leur orthographe se figer. Pourtant on considère qu'il aura fallu presqu'un siècle pour que l'on voit cette règle réellement systématique.


Au détour de recherches dans des registres anciens, j'ai pu constater des cas qui démontrent que la fixation de l'orthographe d'un nom n'est que le fruit d'une succession de hasards divers et qu'il est difficile de juger à priori de l'origine d'un nom.

  • Deux frères nés quelques années avant la révolution, ont vu leur nom s'écrire respectivement "Binet" et "Biner" dans les registres du curé. Lors de leurs mariages quelques années plus tard, ils sont tombés face à des officiers de l'état civil rigoureux qui ont repris tel quel l'orthographe mentionnés dans les actes de baptêmes. Leurs enfants ayant hérité de cette variante orthographique, cette différence d'orthographe a traversé les siècles jusqu'à nous, avec pourtant une origine identique avérée.
  • Le cas d'une femme née vers 1850, pourtant bien après la mise en place de l'état civil, qui a vu écrire son nom avec une orthographe différente à chaque fois qu'elle figurait sur un acte d'état civil. 
  • Ou encore, le cas d'un homme né avant la révolution près de Perpignan, puis ayant émigré à Valenciennes ou son nom en -ELL est devenu EILL, dans le probable but de conserver la prononciation en  "eille" de l'orthographe catalan. Beaucoup de cas de nom de famille connu aujourd'hui, sont issus d'une déformation nécessaire lors de l'arrivée dans un nouveau lieu, et notamment pour les migrants d'Afrique du Nord qui ont souvent vu leur patronyme francisé à l'arrivée en France.
Mais attention la ressemblance orthographique ne fait pas tout ! Je l'ai expérimenté moi-même avec la branche patronymique issue du Finistère et tenté pendant longtemps de faire un lien avec les porteurs du nom "Guidou" bien plus nombreux dans l'Yonne, et il s'est avéré que malgré l'orthographe identique, leurs origines sont bien différentes.

Et vous, quelle est l'histoire de votre nom de famille ?



* Sachez que lorsque l'enfant nait de père inconnu, il porte un "matronyme". L'utilisation du "patronyme" comme strict synonyme de "nom de famille" est donc un abus de langage.

25 févr. 2014

Portrait n°1 René, le meunier

14:23 auteur Unknown 1 commentaire
Je vous propose une série de lettres-portraits consacrés aux histoires inattendues, originales ou plus sombres que l'on trouve dans les arbres généalogiques : voici René, il a vécu au 19e siècle.

Lorsque je l'ai découvert dans les actes, j'ai cru à l'histoire banale d'un meunier modeste : Histoire semblable à celle de mille autres meuniers, travaillant autrefois pour le seigneur, puis pour des propriétaires. Son père sans fortune, n'avait pu racheter à la Révolution le moulin qu'il exploitait depuis si longtemps. Le moulin était leur demeure. D'autres y fabriquaient de l'huile, mais eux y transformaient les récoltes de céréales en farine pour tous les habitants alentours, qui venaient, accompagnés d'un âne ou d'une charrette à boeufs, chargés de lourds sacs.

Mais l'intrigue a commencé à partir d'une phrase trouvée dans l'acte de mariage de son fils indiquant qu'il était détenu en maison de force et de correction. De fil en aiguille, j'ai reconstitué ce parcours qui, trop lointain, n'avait laissé aucune trace dans la mémoire familiale.

Moulin de Keriolet, Beuzec-Cap-Sizun (c) http://fr.topic-topos.com



Pauvre René, qu'as-tu donc fait ?

"J'ai retrouvé ta trace dans les archives de Pouldergat. Tu es né en 1786 au moulin de Lannogat, où ton père était meunier. Ta femme, Jeanne était elle aussi fille de meunier et avait grandi dans un moulin voisin, dit du Roz. Vous vous êtes mariés très jeunes puisqu'en 1807 tu avais 21 et elle 15 ans. Votre histoire était semblable à celle de beaucoup d'enfants de votre âge, votre mariage probablement un peu arrangé. Tu as fondé ton foyer et eu très vite des enfants, tout en travaillant dans plusieurs moulins. Les actes de naissance de tes enfants te situent à Landudec au moulin Poas en 1809, à Pont-Croix au moulin Trémaria en 1812, puis à Beuzec-Cap-Sizun au moulin Trévien, où vous vous êtes installés plus durablement. 

En février 1821, ton épouse, Jeanne, meurt en couches. Tu as 35 ans, et avec des enfants en bas âge, le quotidien devient compliqué. A ton époque, il faut une femme pour s'occuper des enfants et de la maison, et octobre tu te remaries avec Marie-Jeanne, mère de quatre enfants. Elle est cultivatrice et à 42 ans, est veuve depuis six ans. Votre mariage est célébré à Guengat. 

Cinq ans plus tard, en 1826, le sort frappe encore à ta porte et te voici à nouveau en deuil. 
Je perds ensuite ta trace. Tu as renoncé, semble-t-il, à trouver une autre épouse. 
Ton fils René a commencé son apprentissage dans un moulin, pour perpétuer le métier transmis par ton père, mais toi tu n'es plus que simple journalier. Qu'est devenu le moulin ?

Je te retrouve en 1840, lorsque ton fils René se marie. L'officier d'état civil mentionne pudiquement sur l'acte que tu es détenu à la maison de force et de correction du Mont Saint-Michel. 
Ta peine n'est pas très longue et te permet d'être libéré rapidement. De retour dans la région, tu constates que tes enfants ne veulent plus te voir, ils ne te pardonnent pas tes agissements. 

Tu as vagabondé et mendié de villages en villages. Tu as vraisemblablement subsisté grâce à la générosité des habitants. J'ai imaginé que tu vivais comme le décrit pour lui même à peu près à la même époque, Jean-Marie Deguignet, dans Mémoires d'un paysan bas-breton. 
Mais qu'allais-tu devenir, alors que tu avais tout perdu ?

Tu n'as visiblement pas refait surface, puisqu'en 1843, tu es à nouveau accusé par la cour royale de Quimper. Ton procès a lieu en assises en avril : tu es alors un homme de 66 ans, barbu et grisonnant, accusé d’avoir commis dans la nuit du 14 décembre 1842, un vol d’argent et d’objets mobiliers dans une maison habitée. Tes deux complices, Jacques, mendiant de 46 ans, récidiviste et Corentin, dit ‘Le Loup’, cultivateur de 28 ans, comparaissent avec toi. 

Jacques est condamné à 10 ans de travaux forcés, 'Le Loup' (à qui les jurés ont accordé des circonstances atténuantes) à 3 ans d’emprisonnement et toi, jugé comme meneur de bande, à 10 ans de réclusion à la maison d'arrêt de Rennes et une heure d’exposition publique, . 

Le piloris et le carcan sont abolis depuis 10 ans, mais lors d’une condamnation aux travaux forcés ou à la réclusion criminelle, on expose toujours les condamnés sur la place publique. Te voilà sur la place de Quimper, entouré de gendarmes et affublé d’un écriteau au-dessus de la tête, qui mentionne ton nom, ta profession, ton domicile, ta peine et la cause de ta condamnation.

À quelques années près, tu aurais évité cette heure d'humiliation, car cette pratique fut définitivement abolie en 1848 par la Seconde République en même temps que l'esclavage, au nom des droits de l’homme - laissant ainsi une chance aux condamnés de pouvoir se réinsérer une fois leur peine purgée. Mais cela aurait-il changé quelque chose ? car sorti en 1853, tu as fini ta vie errant ça et là avant d'être retrouvé mort de froid un matin de mars 1855, dans la région d'Angers. Tu avais probablement renoncé à la Bretagne, comme à tant d'autres choses avant.

Pauvre René, qu'as-tu donc fait !"